Quand votre partenaire ne prend pas soin de sa santé

L'équipe CoupleStars Santé 3 min de lecture
Un couple assis l'un contre l'autre sur le canapé, discutant de l'inquiétude silencieuse face à un partenaire qui ne prend pas soin de sa santé
Photo by Vitaly Gariev on Unsplash

Le réflexe, quand un partenaire saute encore une fois sa visite médicale annuelle ou repousse un genou douloureux de six mois supplémentaires, c’est de mettre la pression. Prendre le rendez-vous soi-même. Laisser la brochure bien en vue. Revenir à la charge, un peu plus insistant que la dernière fois. Presque rien de tout cela ne fonctionne, et les recherches sur les couples qui parviennent réellement à faire évoluer les habitudes de santé d’un partenaire expliquent pourquoi. Quand un partenaire ne prend pas soin de sa santé, l’instinct d’intervenir est souvent ce qui bloque le plus le changement.

Regarder la personne qu’on aime négliger son propre corps est une forme particulière d’impuissance, plus proche du sentiment d’être derrière une vitre que d’une simple insistance. On remarque les rendez-vous manqués, la portion de trop d’un plat trop salé presque tous les soirs, le genou douloureux qu’on continue à solliciter au lieu de faire examiner. Le rendez-vous n’est presque jamais le vrai problème. Aimer quelqu’un qui ne prend pas sa propre santé au sérieux produit une peur bien particulière, et la pression est souvent la seule chose qu’on sache en faire : une remarque pendant le dîner, un article laissé ouvert sur l’ordinateur partagé, une plaisanterie qui n’en est pas vraiment une. Une étude de 2018 parue dans le British Journal of Health Psychology s’est penchée précisément sur ce type de pression au sein de couples cherchant à augmenter leur activité physique, et ses conclusions viennent compliquer ce réflexe de la pression.

La pression augmente la confiance mais réduit le passage à l’action

Les couples de l’étude qui s’appuyaient sur la critique, la culpabilisation ou des rappels insistants pour faire bouger leur partenaire ont observé un phénomène étrange. La personne visée déclarait souvent se sentir plus capable de faire de l’exercice, plus confiante dans sa capacité à s’y mettre si elle le voulait. Mais elle en faisait moins. Le tapis de course de la chambre d’amis restait plié. Le sac de sport attendait près de la porte, immobile pendant trois semaines. La confiance montait. Le passage à l’action, lui, reculait.

Quand un partenaire ne prend pas soin de sa santé, l’inquiétude se répartit rarement à égalité

Une étude de 2012 menée par l’University of Cincinnati et l’University of Texas at Austin, publiée dans Social Science & Medicine, a interrogé cinquante couples de longue date et mis au jour quelque chose de similaire, resté longtemps sous les yeux de tous. Dans les couples hétérosexuels mariés, un partenaire, presque toujours la femme, était identifié comme l’« expert santé » du foyer : celui ou celle qui suit les rendez-vous, repère les symptômes, pousse au changement. Chez les couples gays et lesbiens, ce même va-et-vient circulait bien plus souvent dans les deux sens : environ 80 % des couples gays et 86 % des couples lesbiens décrivaient la répartition comme mutuelle, contre environ 10 % des couples hétérosexuels. Quelque chose dans la structure d’une relation décide qui finit par porter l’inquiétude. Cela ressemble rarement à un choix. Le schéma peut évoquer ce qui se passe quand un seul partenaire fait le travail intérieur de la thérapie, une personne qui évolue pendant que l’autre regarde de l’extérieur. Porté seul trop longtemps, ce déséquilibre est exactement le genre de chose qui finit par tourner en ressentiment qui ressort de travers, dirigé contre quelque chose qui n’a jamais vraiment été le rendez-vous manqué.

Ce qui a vraiment fait la différence chez ces couples

Une autre enquête, menée auprès de 227 couples âgés de 23 à 84 ans, a montré que l’approche inverse fonctionnait mieux que n’importe quelle surveillance. Les couples qui prenaient leurs repas ensemble, gardaient des rythmes de sommeil proches et faisaient de l’exercice côte à côte rapportaient une meilleure satisfaction à l’égard de leur santé et moins de problèmes de santé que les couples qui géraient chacun la leur séparément. Faire de l’exercice ensemble avait, des trois, l’effet le plus marqué. Personne ne surveillait personne. Ce qui faisait bouger les choses, c’était de faire l’activité elle-même, ensemble : deux personnes qui partent pour la même marche, qui s’engagent toutes les deux dans l’exercice en couple plutôt que l’une qui surveille depuis le canapé en espérant que ça tienne.

Un couple marchant ensemble le long d'un quai en fin d'après-midi
Photo de Brad Weaver sur Unsplash

Quand l’inquiétude porte sur quelque chose de plus grave qu’une habitude

Rien de tout cela ne tient plus vraiment quand l’enjeu dépasse une séance de sport ratée. Un partenaire qui ignore une douleur à la poitrine, refuse un examen, ou boit d’une manière qui fait manifestement des dégâts, ce n’est pas une habitude qu’on invite à partager. C’est plutôt une urgence déguisée en habitude. Cette distinction compte. Le même conseil (prendre du recul, inviter plutôt que pousser) peut devenir une excuse pour se taire précisément quand la situation demande quelque chose de plus direct : ce type de présence stable et sans éclat qui aide vraiment quelqu’un à traverser une épreuve effrayante. Distinguer une habitude ordinaire d’une véritable crise est en soi un jugement difficile, et aucune étude ne le fait à votre place.

Dans ces études, personne n’a changé parce que quelqu’un avait fini par trouver la bonne phrase à dire à table. Les gens ont changé parce que quelqu’un a cessé de surveiller pour, à la place, être présent à ses côtés : pendant une marche, à la même table, sur la même chaise de salle d’attente. Rien de tout cela n’était spectaculaire. Le sac de sport près de la porte peut encore rester immobile un moment. Mais, plus souvent que la pression n’y est jamais parvenue, il finit par bouger.

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